Les vertus

14.1 Tout ce qui est vrai, tout ce qui est digne, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui a bon renom, s’il est quelque vertu et s’il est quelque chose de louable, que ce soit pour vous ce qui compte. Voilà ce que sont les vertus. C’est une disposition habituelle et ferme de faire le bien dit le catéchisme2. Les vertus sont des attitudes clairvoyantes qui règlent nos actes. Elles exigent une certaine maîtrise de soi et la volonté de faire bien les choses.

12.2 Pour le chrétien, il y a trois vertus principales qui sont importantes pour une bonne conduite. On les nomme les trois vertus théologales. La pratique des vertus est souhaitable pour toutes personnes qui désirent réussir leur vie. Elle représente une rectitude morale souvent acquise au fil du temps. Les trois vertus théologales nous font entrer dans le mystère divin. Elles sont le gage de la présence et de l’action du Saint-Esprit dans les facultés de l’être humain. Elles sont la foi, l’espérance et la charité.

14 La foi

14.1 En quoi croyons-nous ? La foi est quelque chose de tellement grand et vaste qu’une vie ne suffit pas pour tout savoir sur elle et bien l’assimiler. La foi est aussi un mystérieux alliage d’attentes, d’aspirations, de désirs, de convictions et parfois d’illusions. Dieu demande à certains d’entre nous d’attendre longtemps dans le noir. On a récemment découvert que Mère Thérésa de Calcutta avait été plongée dans l’aridité pendant des décennies. Sainte Thérèse d’Avila a connu la nuit obscure de la foi une bonne partie de sa vie, Saint Thérèse de Lisieux aussi. La foi est un don. Elle exige une grâce pour adhérer à tout ce que propose la religion chrétienne. La foi du Compagnon n’est pas inébranlable. C’est pourquoi, ensemble, nous nous soutenons dans la foi, afin de passer l’épreuve de la noirceur spirituelle. Seul Dieu peut donner les grâces nécessaires pour garder la foi. L’Esprit Saint se fait le conseiller merveilleux à des moments inattendus et aide à passer à travers les crises de la foi et les doutes qui traversent certaines périodes de la vie.

14.2 La foi est la base de toute vie chrétienne. Sans la foi, on ne peut pas faire grand chose dit Jésus en réponse à la question des disciples, à savoir pourquoi ils ne peuvent pas faire comme lui : Parce que vous avez peu de foi, leur dit-il. Car, je vous le dis en vérité, si vous avez de la foi gros comme un grain de sénevé, vous direz à cette montagne : Déplace-toi d’ici à là, et elle se déplacera, et rien ne vous sera impossible. Baptisés enfants, il est nécessaire à un moment donné dans notre enfance, notre adolescence ou plus âgé, de s’approprier ce que le sacrement de baptême a voulu nous conférer par le souhait des parents. La foi nous conduit à l’espérance et à une grande amitié avec Dieu sur les pas de Jésus.

14.3 La foi a besoin d’être informée. Le Credo (Je crois en Dieu) récité durant l’Eucharistie est une série d’énoncés qui interpellent et parfois nous plongent dans le doute. Timothy Radcliffe écrit: Il est vrai que j’adhère à diverses propositions, telle que Dieu existe, même si je ne comprends pas ce que signifie ce fait, qu’Il existe. […] Thomas d’Aquin fait remarquer que même le diable admet la vérité de ces propositions. Alors qu’en est-il pour nous ? Les compagnons sont soucieux de nourrir cette foi par l’étude personnelle, par la prière, par la méditation et par la formation.

14.4 Le mystère de La Trinité interroge le croyant. C’est un mystère qui mérite d’être accueilli non parce que le mot Trinité est dans l’Écriture Sainte, car il n’y est pas, mais parce que les mentions aux trois personnes qui la composent sont fréquentes dans la révélation et que chacune d’elles porte une dynamique spirituelle qui soutient l’homme durant toute sa vie. Chacune des trois personnes a son rôle dans l’ordre spirituel : Dieu, Créateur et Père ; Jésus, Fils et Rédempteur, l’Esprit Saint, défenseur, consolateur et paraclet qui fait connaître toute chose. Frère Timothy écrit : L’amitié avec le Dieu trine renouvelle ma perception du monde. Parce que je crois au Père, créateur du ciel et de la terre, je vois toutes choses avec gratitude. Parce que je crois au Fils, je m’émerveille de leur intelligibilité et cherche à comprendre. Parce que je crois à l’Esprit Saint, je suis projeté au-delà de moi, dans l’amour. Un Dieu unique en trois facettes. La foi naît comme une toute petite semence, grandit avec le temps, les expériences, l’acquisition de connaissances et la sagesse. La foi se développe aux cours des âges de la vie, devient source de bonheur et surtout d’espérance. Elle s’affermit, mais demeure toujours sensible aux doutes et aux peurs de l’inconnu.

14.5 Quant au « Je crois en Dieu », nous le récitons à chacune des Eucharisties du dimanche et des solennités. Ces deux symboles de foi (Nicée et Constantinople) proposent toute une série d’énoncés concernant les croyances d’un chrétien. Faut-il croire chacun de ses articles de manière égale ? Saint Thomas d’Aquin soutenait qu’il y en a seulement deux, deux credibilia : que Dieu existe, et que nous sommes aimés en Jésus Christ. Chaque mot du Credo est en effet nécessaire pour nous rapprocher de ce mystère d’amour. Ces sujets, si nécessaires soient-ils, résument tout simplement le fait que nous sommes aimés de Dieu et que Dieu existe. Ils décrivent le mystère du salut. Ils sont un résumé de nos croyances, surtout de notre espérance. Dans un projet d’évangélisation et dans nos contacts, il suffit de dire Dieu simplement, sans exiger une connaissance parfaite de tous les éléments du salut. Le Compagnon tient compte de cette réalité, en professant sa foi, cheminant avec chacun pour qu’il connaisse mieux le mystère du salut. (Cf. Méditation N° 22, L’Esprit Saint unifie)

  1. L’espérance

15.1 La religion chrétienne est une religion d’espérance. On en a trop souvent fait une morale. Jésus va vers ceux et celles qui n’ont plus d’espérance. Le Royaume est déjà là. Dès lors Jésus se mit à prêcher et à dire : “Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche”. On ne se convertit pas seulement pour changer de conduite. On se convertit parce que c’est la porte d’entrée dans le nouveau Royaume. Il parcourait toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute langueur parmi le peuple. Le Royaume nouveau implique donc un bien-être recherché par tous ceux ou celles qui sont en manque de quelqu’un ou de quelque chose. Jésus apporte une espérance : Repentez-vous car le Royaume des cieux est tout proche. C’est pourquoi le ministère de la charité est si nécessaire pour que l’Église soit crédible. Seul l’amour peut vraiment satisfaire les nouveaux arrivants dans le Royaume à construire. Car je vous le dis : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux.

15.2 Mais pour arriver au Royaume, Jésus est passé par la croix, offrant sa vie pour le salut du monde. Cette vie nous a valu le salut. À nous maintenant de construire le Royaume qu’il a promis avec les grâces qui nous sont données et les moyens à notre disposition. Pourquoi faut-il passer par tant d’épreuve pour gagner la cause d’une humanité heureuse ? Difficile de savoir! Mais l’espérance renaît à chaque fois que nous agissons pour la construction de ce nouveau Royaume où le Christ est roi. (Cf. Méditation, N° 23, Le christianisme est une religion du salut)

  1. La charité

16.1 Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est Amour. C’est le grand principe que nous trouvons exprimé dans la première Épître de saint Jean. Il faut garder les commandements, mais le premier, et le plus important est celui de l’amour, puisque Dieu est amour. L’amour est essentiel dans la vie de tout être humain et particulièrement dans celle du chrétien. Les enfants des hommes sont le fruit de l’amour. Dès la naissance, l’enfant fait l’expérience d’être aimé. Il reçoit cet amour gratuitement sans même faire un effort. À son tour, il fera l’apprentissage d’un amour qui donne et pas seulement d’un amour reçu. Tant de gens sont mal aimés ! L’amour de Dieu est l’amour parfait, car c’est l’amour qui donne sans condition. Dieu a envoyé son Fils par amour. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique-Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle.

16.2 Le Compagnon a le souci d’apporter à l’être humain cet amour indispensable dans une société. C’est pourquoi, les relations avec les autres doivent toujours être motivées par la charité. La compassion et la miséricorde devraient être empreintes par l’excellence de la conduite du Compagnon. Que celui qui aime Dieu, aime aussi son frère. L’amour du prochain n’est pas l’expression d’un sentiment sensible pour l’autre. L’amour du prochain est suscité par le désir d’aimer l’autre au nom de Dieu. Et parce que l’autre est enfant de Dieu, il est notre frère. Il s’agit de vouloir du bien à toute personne, qu’elle nous soit agréable ou non. Il faut donc vaincre notre sensibilité pour agir selon la raison et la foi. Plus vous aurez souci du bien commun avant votre bien propre, plus vous découvrirez vos progrès. Dans l’usage de toutes ces choses nécessaires qui passent, que la prééminence soit à la charité qui demeure.

16.3 La charité est une tâche de l’Église et l’amour du prochain, par des œuvres spécifiques et des attitudes de compassion, est essentiel à sa vocation : L’amour du prochain, enraciné dans l’amour de Dieu, est avant tout une tâche pour chaque fidèle, mais il est aussi une tâche pour la communauté ecclésiale entière, et ce à tous les niveaux : de la communauté locale à l’église particulière jusqu’à l’Église universelle dans son ensemble. L’amour du prochain, qui est enraciné dans l’amour de Dieu dit Benoît XVI, est une tâche pour tous et plus en l’occurrence pour le Compagnon qui, non seulement veut se sanctifier, mais aussi veut servir l’humanité. (Cf. Médiation, N° 24, La charité comme tâche de l’Église)

  1. La piété

17.1 La piété est un sentiment que l’on porte envers Dieu ou envers certaines personnes ou en rapport avec certaines situations. Elle comprend le sentiment d’un devoir que nous avons, soit envers Dieu, soit envers nos parents, soit envers certains amis ou certaines figures emblématiques. C’est une vertu louable qui revêt une certaine sagesse et le sentiment de vénération que nous portons en accord avec nos valeurs. Toutefois, une piété associée au formalisme peu dégénérer en piétisme.

17.2 Ce sentiment peut devenir une vertu, revêtant un respect des valeurs que nous portons comme chrétien et aussi par amour du prochain. La piété manifeste un amour respectueux que l’on porte pour les choses de la religion. La piété est le fruit de l’Esprit Saint qui agit en nous. Cette grâce apporte la croissance et l’approfondissement de la grâce baptismale. Elle est l’effet du sacrement de confirmation.

17.3 Le premier acte de piété qu’un croyant fait, est celui d’honorer Dieu, de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa pensée. La ferveur découle d’une attitude pieuse envers les choses religieuses que nous mettons en pratique. Au sens biblique, c’est aussi honorer sa mère et son père naturels. C’est un commandement de Dieu et l’on ne regrette jamais d’avoir aidé ses parents, surtout dans leur vieillesse et on le fait avec reconnaissance pour le don de la vie qu’ils nous ont fait. La crainte de Dieu est aussi une forme de piété.

17.4 Beaucoup de croyants, dès le jeune âge, ont perdu le sens de la piété, submergés par la sécularisation ambiante. Le Compagnon considère la piété comme une vertu positive, lorsque la pratique de celle-ci correspond à leur désir d’honorer Dieu, de l’invoquer, d’encourager le respect des personnes, de mettre leur confiance en Dieu. Ce sont leurs convictions religieuses qui les amèneront par la vertu de piété à remplir leurs devoirs religieux sans intransigeance ni sectarisme.

17.5 La vénération envers les parents relève de la piété filiale qu’on leur porte. Rendre grâce est une manière de dire merci à celui qui est source de notre vie, de l’existence humaine. Notamment, il y a tant de choses qui nous sont données gratuitement : rendre grâce à Dieu pour avoir été conçu par des parents qui s’aimaient. Certes, les couples rencontrent dans leur vie des difficultés. Ils ne sont pas toujours les parents idéaux tels qu’on les aurait choisis. Leur relation n’était peut-être pas toujours à la hauteur de ce qu’on attendait d’eux. Néanmoins, n’oublions pas qu’au moment où l’enfant est conçu, c’est dans un acte d’amour qu’il a été mis au monde. Ce n’était pas la perfection de l’acte qui comptait, mais au moment où nos parents nous ont gratuitement permis de devenir ce que nous sommes, ils s’aimaient. Le Compagnon rend grâce à Dieu pour ce magnifique cadeau de Dieu et en tire les conséquences en vénérant et respectant ses parents, en les soutenant dans leurs entreprises, et leur donnant toute l’attention nécessaire dans leurs vieux jours.

17.6 Un des commandements de Dieu dit : Honore ton père et ta mère, afin que se prolongent tes jours sur la terre que te donne Yahvé ton Dieu. Tout ce que nous faisons pour nos parents nous est remis au centuple lorsque nous prenons de l’âge. Un psychiatre disait : On devient mature le jour où l’on devient parent de ses parents. Aider ses parents sort l’homme de son égoïsme et guérit les petites rancunes qui pourraient rester après quelques années. Honorer ses parents peut consoler de beaucoup d’épreuves car l’amour pour eux fait revivre les bons moments de l’enfance et prépare l’homme et la femme à exercer leur propre paternité et maternité. (Cf. Méditation, N° 25, Devoirs envers les parents) Wikipédia, Mot « piété », Selon Flavius-Josèphe, les esséniens menaient une vie communautaire et se vouaient au célibat ; le plus souvent, ils refusaient de participer à la vie religieuse de Jérusalem et proclamaient que les prêtres du Temple menaient une vie corrompue. Vêtus de blanc (symbole de la pureté), intransigeant sur les questions religieuses et scrupuleux dans le respect des lois, ils furent rapidement considérés comme une secte de piétistes repliée sur elle-même. Ils s’éteignirent progressivement à partir de 70.

  1. L’obéissance

18.1 L’obéissance est probablement la vertu la moins à la mode en ce siècle. À quoi devons-nous adhérer ? À qui devons-nous obéir ? Qui a l’autorité sur tous sans exception, ou sur certains au nom du bien commun : religion, pouvoir civil, groupe religieux, patrons d’entreprises ? Dans la famille qui a l’autorité : l’homme, la femme ? Les enfants ont-ils l’obligation d’obéir à leurs parents ?

18.2 Qu’en est-il des obligations morales ? Quelle autorité a le pouvoir de dicter à la conscience, le comportement de chacun ou de la collectivité ? Y a-t-il une sagesse universelle qui transcende toutes religions, toutes sociétés, toutes cultures ? La Règle de vie ne peut pas répondre à toutes ces questions. Il existe de nombreux ouvrages dont le Compagnon devrait s’inspirer pour éduquer sa conscience et se préparer à répondre aux grandes questions de l’heure. Les modérateurs spirituels auront la responsabilité de mettre à la disposition des membres de la Société une bibliographie proposant des ouvrages qui peuvent jouer un rôle de formation dans la vie des membres. Cette biographie doit être mise à jour par la direction régionale et son modérateur spirituel régulièrement.

18.3 Les Compagnons seront particulièrement attentifs aux enseignements de l’Église, des facultés de théologie et de philosophie ainsi que des sciences humaines pour discerner ce qui est du domaine de la vérité ou de la spéculation. Toutes critiques de l’autorité, que les membres émettront, devraient être fondées sur une recherche sérieuse et sur une argumentation qui respectent l’objectivité du débat et devraient contribuer de manière constructive à l’évolution de la pensée. Ainsi, ils deviendront de vrais pasteurs. Ils auront le souci du troupeau qui leur est confié par les circonstances de leur vie. Ils ne seront pas des intrus, plutôt des familiers de la parole de Dieu et des émissaires du Christ lui-même. Ils ne seront pas des étrangers dans la bergerie, mais des amis de Jésus et de ses brebis. (Cf. Méditation, N° 26, Le bon Pasteur)

18.4 De là, l’importance d’une formation suivie, faite personnellement ou en groupe, dans le but que chaque membre de la Société puisse répondre aux grandes questions de l’heure. Il va de soi, que le membre doit être reconnu davantage par la vérité de son être que par ses connaissances. C’est le Christ qu’on doit voir à travers nous, et il faut éviter toute vanité qui pourrait masquer la révélation du Christ. Il a pris le chemin de l’humilité par son Incarnation. C’est dans une union la plus intime possible au Christ que nous serons des signes parlant pour le monde afin de sauver le monde. C’est la manière du Compagnon de donner sa vie pour ses brebis. Jésus est la porte par laquelle toute évangélisation doit entrer. Le compagnon est porteur de la vérité et donne sa vie comme le Christ l’a donnée. (Cf. Méditation, N° 27, Je suis la porte des brebis)

  1. La vérité

20.1 La vérité pure n’existe pas dans le domaine de la foi. Même dans les sciences, on trouve certaines données définitives qui ne changeront pas, mais de nombreuses autres qui évoluent. Néanmoins, la recherche continue, on avance et on fait des découvertes. Dans le domaine de la foi, la vérité nous vient de plusieurs façons. Notre recherche est sous la mouvance de l’Esprit Saint qui est vie. La Vérité n’est pas statique. Le Compagnon aime la vérité, mais il sait que : Dieu est source de toute vérité. David était assis en prière et il disait à Yahvé. Et maintenant, Seigneur Yahvé, c’est toi qui es Dieu, tes paroles sont vérité et tu as dit à ton serviteur cette bonne parole2.

20.2 Malgré les nombreuses révélations faites à ses prophètes, c’est Jésus qui vient manifester la vérité tout entière. L’homme cherche la vérité pendant toute sa vie. Il trouve dans l’Écriture Sainte des repères sûrs qui lui tracent un chemin lui offrant une vraie sagesse. En tant que chrétien nous ne possédons pas la vérité. Nous la cherchons. Puis, ensuite, nous l’accueillons dans les paroles de Jésus et de ses témoins. Car la Loi fut donnée par l’entremise de Moïse, la grâce et la vérité advinrent par l’entremise de Jésus Christ. Le chrétien, appelé à une nouvelle naissance, cherche pendant toute sa vie à découvrir la vérité. À la question de Nicodème, à savoir comment renaître Jésus répond : En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ceci est révélé à Nicodème dans un entretien que Jésus a avec lui. Le Compagnon a besoin régulièrement de s’entretenir avec Jésus. Dans la tradition des Prêcheurs, la façon idéale de le faire est dans la prière et l’étude. Pour le faire, il faut avoir le goût de découvrir tout ce qu’il y a de richesse contenue dans la Parole de Dieu. C’est un apprentissage qui doit se faire sans tension, ni de manière empressée, laissant la grâce travailler notre intelligence des mystères divins. (Cf. Méditation, N° 28 L’entretien avec Nicodème)

20.3 Si nous cherchons la vérité et en découvrons la véracité par raisonnement ou par la foi, nous devons aussi vivre en vérité. La vérité comme rectitude de l’agir et de la parole humaine a pour nom véracité, sincérité ou franchise. La vérité ou véracité est la vertu qui consiste à se montrer vrai en ses actes et à dire vrai en ses paroles, en se gardant de la duplicité, de la simulation et de l’hypocrisie. C’est en vivant en vérité que les Compagnons pourront vivre dans un climat de confiance réciproque. C’est aussi en vivant de manière telle que le travail missionnaire peut revêtir une certaine crédibilité. La parole doit se joindre aux actes, les valeurs doivent se justifier par la vérité. Autrement, le travail d’évangélisation ne pourrait se faire. Jésus a toujours prêché qu’il était la vérité et la vie. Les chrétiens doivent rendre compte de leur foi par l’attestation de leur conduite.

  1. La joie

21.1 La joie est une caractéristique de la spiritualité des Prêcheurs. Ils le tiennent de saint Dominique lui-même. Il pleurait avec ceux qui pleuraient, il riait aussi avec ceux qui riaient. Dominique chantait, exprimait sa joie, conversait avec les gens, était de bonne compagnie. Pourquoi cette joie ? D’où venait-elle ? Parce que se donner à Dieu, l’aimer et jouir de sa présence ne peut que réjouir le cœur de l’homme. Le don de la foi ne peut que susciter la joie. Croire donne un sens à la vie et permet de développer une attitude positive malgré les épreuves et les difficultés que toutes personnes rencontrent pendant son périple sur terre. On ne peut pas éviter les épreuves, mais lorsqu’elles arrivent, celles-ci permettent au croyant de rebondir. L’épreuve est le tremplin pour réaliser beaucoup de choses et fournit une raison de vivre. La foi ouvre à la joie. La joie s’exprime diversement selon les cultures. À chacun de voir sa manière d’exprimer ses sentiments pour que ceux-ci mènent les âmes vers Dieu.

21.2 Jésus annonce la joie du salut. On sent bien dans les récits de saint Luc, évangéliste, une joie qui révèle chez lui une grande sensibilité. Marie exulte de joie à l’annonce de l’Ange. L’enfant tressaille de joie dans le ventre d’Élizabeth. La naissance de Jésus est une grande joie pour les anges qui l’annoncent et pour le peuple qu’il vient sauver. Une joie qui habite encore aujourd’hui le chœur des croyants lors des festivités de Noël. Il y a quelque chose de fascinant dans la naissance de Jésus. Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur, qu’est le Christ Seigneur, dans la ville de David.

21.3 Marie-Madeleine court vers les disciples pour leur annoncer que le tombeau est vide. C’est d’abord une inquiétude : Le premier jour de la semaine, Marie de Magdala vient de bonne heure au tombeau comme il faisait encore sombre, et elle aperçoit la pierre enlevée du tombeau. Elle court alors et vient trouver Simon-Pierre et elle leur dit : “On a enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis. Surprise ! Étonnement ! Pierre et Jean, l’autre disciple que Jésus aimait, dans un moment de stupeur et d’inquiétude se rendent au tombeau. Ils courent eux aussi. Dans la vie chrétienne, il y a de ces moments où nous sommes étonnés, surpris, agacés par ce qui se passe. Néanmoins, après vérification et réflexion, la foi renaît dans les cœurs qui doutent. Les disciples n’étaient pas préparés à un tel événement. Encore aujourd’hui, nous ne sommes pas toujours préparés à vivre certains événements, surtout, à croire à la Providence de Dieu. Le tombeau vide, comme le cœur vide de sens, nous prépare au don de la foi. (Cf. Méditation, N° 29, Le tombeau trouvé vide)

21.4 Marie Madeleine pleure le départ de son ami, d’autant plus que son corps a été enlevé. Une profanation qui ne manque pas d’étonner Pierre et Jean. Encore aujourd’hui, nous pleurons souvent nos disparus, ceux qui nous ont aimés ou qui nous ont voulu du bien. Dans le chant du Salve Regina, l’auteur décrit le monde comme une vallée de larmes. Expression que beaucoup de théologiens ont décriée comme n’ayant pas sa place. Néanmoins, notre monde n’est-il pas une vallée de larmes qui attend le salut de Dieu ? Femmes, pourquoi pleures-tu ? Elle leur dit : Parce qu’on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a mis. Mais, il est vrai que l’histoire révèle de nombreuses surprises qui réjouissent aussi le cœur de l’homme. Marie-Madeleine a découvert qu’à travers une amitié saine, elle pouvait trouver l’ami par excellence, Jésus, l’homme, mais aussi son Seigneur, son Sauveur. Celui qui a pardonné son péché, et celui qui l’a appelée par son nom le matin de Pâque : Marie. (Cf. Méditation, N° 30, L’apparition à Marie de Magdala)

21.5 Dans l’évangile de saint Jean, on trouve cette joie intime dans l’attitude de Marie-Madeleine lorsqu’elle découvre que le jardinier qu’elle rencontre est son ami Jésus. C’est à l’appel de son nom qu’elle reconnaît que ce jardinier n’est nul autre que son Seigneur. Elle est donc la première à recevoir la mission d’annoncer la résurrection du Christ. Chez l’évangéliste Matthieu, elle fait partie du groupe des saintes femmes qui reçoivent de l’ange la mission d’aller annoncer aux frères la nouvelle. Il est ressuscité d’entre les morts, et voilà qu’il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez. Voilà, je vous l’ai dit. Quittant le tombeau (sortant vite du tombeau) tout émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. Une mission confirmée par Jésus lui- même venu à leur rencontre. Ne craignez point, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront. Les récits divergent, mais donnent une plus grande crédibilité au fait que plusieurs attendent les apparitions de Jésus à différentes personnes et que tout converge vers la conviction que Jésus a été vu et qu’il est bien vivant, ressuscité. On imagine la joie de tous ces gens qui se voient confirmés dans la conviction que Jésus a vaincu la mort.

21.6 Partir pour la Galilée, qu’est-ce que cela veut dire ? Un Compagnon ne peut partir aussi facilement que les disciples comme au temps de Jésus où ceux-ci n’avaient pas la mobilité de nos temps modernes. Partir pour un chrétien, cela veut dire d’abord déménager pour des raisons professionnelles, pour l’amélioration de sa situation économique, mais rarement pour des raisons religieuses ou pour un idéal. Peut-être qu’aujourd’hui, aller en Galilée, pour nous, c’est rompre avec notre indifférence, nos égoïsmes, notre confort et nos aises. Partir, c’est se convertir et changer de mode de vie afin de témoigner aux indifférents et aux distants de la foi le bonheur d’être croyant. Partir c’est aller à la rencontre du Ressuscité et d’y recevoir l’Esprit Saint qui travaille en nous et dans les personnes que nous côtoyons au quotidien. Partir c’est se laisser bousculer et déranger par son entourage.

21.7 Car L’Esprit Saint agit en nous tous les jours au plus profond de nous-même si nous nous intéressons à Lui. Le Christ ressuscité nous attend au jardin des surprises de la vie. La Galilée est un pays au nord de la Palestine aux confins du monde Juif et proche de cultures étrangères. Partir pour la Galilée, c’est aller vers un monde où les échanges entre personnes sont multiculturels et multireligieux. C’est se laisser surprendre par l’altérité d’une situation, ou si l’on veut par le choc des mentalités et des attentes. On ne peut le faire que si nous nous laissons surprendre par l’œuvre de l’Esprit Saint en nos cœurs. (Cf. Méditation, N° 31, Un déjeuner avec Jésus et invitation à le suivre) Encore aujourd’hui Jésus invite à déjeuner au banquet de l’Eucharistie. C’est à ce moment qu’il pose toujours la même question : m’aimes-tu. M’aimes-tu assez pour paître mes brebis. L’appel du Compagnon est personnel et lié à l’amour qu’il porte au Christ et à son désir de travailler en Église pour que la personne du Christ attire encore. Le Christ veut encore prendre le déjeuner avec d’autres disciples et d’autres croyants. C’est là que le disciple trouve sa joie : déjeuner, puis proposer en proclamant que Dieu est amour, Jésus Christ, le Sauveur, l’Esprit saint, le consolateur.

  1. L’humilité

22.1 […] Qu’ils n’aillent pas orgueilleusement, tête haute, parce qu’ils ont désormais pour compagnons des gens qu’auparavant ils n’auraient pas osé approcher : que leur cœur plutôt s’élève, sans chercher les vanités de la terre. L’humilité est un chemin de sagesse. Dans un groupe fraternel, l’on trouvera des gens tout à fait différents les uns des autres. Être frère et sœur dans un même groupe implique une vie commune acceptant l’altérité. Ceux qui viennent à la Société ont tous des parcours et une éducation différente, des tempéraments et une histoire qui conditionnent leurs rapports avec les autres. Certains sont plus réservés, d’autres plus fonceurs, ayant vécu des expériences heureuses, d’autres plus difficiles, mais tous acceptent de s’écouter, de s’entraider, d’être patient, d’essayer de comprendre, de compatir, de faire miséricorde. L’humilité permet de mieux gérer les rapports entre frère et sœurs. Augustin suggère dans sa règle : De leur côté ceux qui étaient antérieurement des gens considérés ne seront pas dédaigneux à l’égard de leurs frères venus de la pauvreté dans cette société sainte. S’ils cherchent à se glorifier, que ce ne soit pas de la richesse et du prestige de leur parenté, mais bien plutôt d’habiter en compagnie de frères pauvres.

22.2 L’humilité ne consiste pas à se déprécier soi-même, à se mépriser. Pas d’humilité feinte. Prends ta place. Toute personne peut se réaliser selon ses talents et ses aptitudes. Chaque être humain est un trésor qu’il faut vénérer, tenant compte qu’il n’y a personne sans qualités ni défauts. Heureusement, les faiblesses des uns sont portées par les forces des autres. Prenant appui les uns sur les autres, les plus forts permettent d’unifier les comportements et donnent plus d’efficacité dans le travail apostolique. Néanmoins, les plus faibles, souvent, ont une qualité d’être qui enrichit les plus forts. Dans un groupe, n’est-il pas souhaitable de trouver des personnes différentes ? Elles contribuent chacune à leur manière au bonheur du groupe.

22.3 Chacun peut redevenir enfant lorsqu’il se fait tout petit. Mais le petit deviendra grand lorsqu’il s’appuie sur Dieu, implorant ses grâces, pour mieux servir et mieux aimer. (Cf. Méditation, N° 32, Jésus et les petits enfants) Avez-vous remarqué que lorsqu’il y a un enfant dans un groupe, il est aussitôt repéré ? Il attire l’attention et on se prend immédiatement d’affection malgré ses fredaines.

  1. La miséricorde

23.1 Qui poursuit la justice et la miséricorde trouvera vie, justice et honneur. Celui ou celle qui est miséricordieux en estime les fruits. La miséricorde suppose d’abord la bienveillance envers les personnes. C’est le premier échelon de la charité, un don qui nous vient de Dieu par grâce, mais aussi une tendance naturelle pour l’homme qui sait écouter ses sentiments. La dureté du cœur ne correspond nullement à la volonté de Dieu. Si on veut poursuivre son œuvre de salut dans le monde, il nous faut vivre en symbiose avec le don d’amour qui nous vient de l’Esprit Saint. Je vais célébrer les grâces de Yahvé, les louanges de Yahvé, pour tout ce que Yahvé a accompli pour nous, pour sa grande bonté envers la maison d’Israël, pour tout ce qu’il a accompli dans sa miséricorde, pour l’abondance de ses grâces. Cette prière d’Isaïe, le Compagnon la fait sienne. Car si nous voulons remplir notre mission, la grâce de Dieu nous est nécessaire pour aimer à sa manière et donner des bras à son cœur afin que chaque être humain le connaisse, se sente aimé de lui et se sente pardonné.

23.2 Souvent je vous ai entendu parler de celui qui commet une mauvaise action comme s’il n’était pas l’un des vôtres, mais un étranger parmi vous et un intrus dans votre monde. Mais je vous le dis, de même que le saint et le juste ne peuvent s’élever au-dessus de ce qu’il y a de plus élevé en chacun de vous, ainsi le mauvais et le faible ne peuvent tomber au-dessous de ce qu’il y a également de plus bas en vous. Chaque être humain est une œuvre magnifique qui a ses contours, ses particularités. Sa beauté n’est pas supérieure ou inférieure. Elle est tout simplement différente. Le Compagnon garde un œil toujours ouvert à la différence et voit dans les hommes tout ce qu’il y a qui le relève. L’humanisation du monde ne pourrait-elle pas venir d’un regard positif sur chacun des êtres humains que nous rencontrons ? Devant Dieu, chaque personne est une richesse car elle a la capacité d’aimer. Malheureusement, certains ne sont pas toujours à la hauteur de leur condition. Alors le Compagnon s’efforce toujours d’élever la personne à son potentiel le plus haut. Il devient la main de Dieu qui soutient. Nous nous enthousiasmons pour tant de choses : la peinture, la sculpture, la nature et les saisons, la littérature, les grands espaces, la montagne, certains objets et tant d’autres souvenirs. Nous avons nos idoles sportives, nos acteurs préférés, les grands hommes et femmes de l’histoire et d’aujourd’hui. Comment pourrions-nous ne pas admirer notre frère qui est fruit de la pensée créatrice de Dieu ? En tout temps et en tout lieu, faisons nôtre l’observation d’un reporter sportif canadien qui disait : Il ne faut jamais perdre la capacité de s’émerveiller.

  1. La fidélité

24.1 La première fidélité du chrétien est à la parole de Dieu. Le magistère n’est pas au-dessus de la Parole de Dieu dit le Catéchisme de l’Église Catholique. L’Église doit la servir. L’Église est mandatée par l’Esprit Saint qui lui donne l’assistance voulue pour ne pas déroger à la volonté de Dieu. Mais la Parole de Dieu n’est pas une science exacte que l’on peut déclarer formelle ou définitive. Dieu travaille et se révèle par l’homme et la révélation est humano-divine comme disait un professeur de théologie. Personne ne peut déclarer qu’il a le monopole de la Vérité. Lorsque l’Église fait des déclarations dogmatiques, elle demande une adhésion. Une adhésion n’est pas nécessairement une conviction qui nous est communiquée de manière magique et que nous devons accueillir sans condition. Le doute sera toujours là puisqu’il n’y a aucune preuve scientifique d’un donné de la foi.

24.2 La fidélité à la Parole de Dieu telle qu’exprimée par l’Église est soumise à une loi de confiance dans son rôle prophétique. Les dogmes sont des lumières qui génialement ne viennent pas perturber la vie courante des fidèles. Les dogmes viennent clarifier certains points de doctrine qu’elle propose aux fidèles. Il existe un lien organique entre vie spirituelle et les dogmes. Les dogmes sont des lumières sur le chemin de notre foi. Ils l’éclairent et la rendent unifié suscitant une communion et un chemin de confiance. Si notre vie est droite, notre intelligence et notre cœur seront ouverts pour accueillir la lumière des dogmes de la foi.

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