La mission

25.1 Jean Baptiste baptise dans l’eau. Il prépare la voie au Seigneur : Toute chair verra le salut. Un salut universel qui s’élargit à toute l’humanité. C’est une promesse et un engagement. Il prêche la conversion de ses concitoyens et condamne le péché. Produisez donc des fruits dignes du repentir, et n’allez pas dire en vous-mêmes : “Nous avons pour père Abraham” Car je vous dis que Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham. Les concitoyens de Jean Baptiste étaient en attente et vivaient d’espérance. Comme le peuple était dans l’attente et tous se demandaient en leur cœur, au sujet de Jean, s’il n’était pas le Christ, Jean prit la parole et leur dit à tous : “Pour moi, je vous baptise avec de l’eau, mais vient le plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales ; lui tient en sa main la pelle à vanner pour nettoyer son aire et recueillir le blé dans son grenier ; quant aux balles, il les consumera au feu qui ne s’éteint pas.” Et par bien d’autres exhortations encore il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.

25.2 Jean le Baptiste voyait les signes des temps. Le peuple avait une envie d’être libéré de l’oppression, mais aussi en quête d’une religion où Dieu n’est pas seulement le gestionnaire de leur guerre et de leur désir de paix, mais où Dieu vient vers eux, dans leur cœur, sur leur terre, dans leur vie. Ces signes des temps sont encore là devant nous aujourd’hui. Les Compagnons veulent répondre à cette attente. Jean XXIII disait à l’ambassadeur de France au Vatican en 1963, alors qu’il se mourrait : Je veux ouvrir la fenêtre de l’Église, afin que nous puissions voir ce qui se passe dehors, et que le monde puisse voir ce qui se passe chez nous.

25.3 Le Concile Vatican II fut un Concile pastoral. Que veut dire ce mot « pastoral » ? Dans une entrevue, Monseigneur Paul Émile Charbonneau répond à cette question, lui qui est un des derniers témoins de ce grand événement : La pastorale consiste en la découverte des signes des temps. Le mot pastoral vient du mot pasteur. Un pasteur est celui qui connaît ses brebis par leur nom. Il a de même le souci de leur donner une nourriture appropriée. Le pasteur est celui qui porte le souci de la brebis qui s’est égarée. (Cf. Méditation, N° 33, Qu’est que cela veut dire, un concile pastoral) Le Compagnon a le souci de l’homme d’aujourd’hui. Il désire apporter à son entourage la Bonne Nouvelle, cette nourriture nécessaire à tout chrétien. Il veut aussi présenter le Christ et son enseignement à tous ceux et celles qui ne le connaisse pas encore. Il le fait avec discrétion et doigté.

25.4 Allez, vous aussi, à la vigne… car il en va du Royaume des cieux. C’est un envoi dramatique puisqu’il en va de l’avenir de l’humanité. Sans ce rendez-vous avec l’homme, le Royaume semble être irréalisable. Ce verset de la parabole des ouvriers envoyés à la vigne sert de lettre de mission. Cette mission n’est pas octroyée aux privilégiés ou aux instruits, mais à tous les ouvriers désœuvrés sur la place. Ceux, qui n’ont pas d’emploi, comme ceux qui veulent faire davantage que d’autres pour construire le Royaume, font partie des constructeurs de ce Royaume. C’est notre propre désœuvrement qui nous pousse à aller à la rencontre de Jésus, puis, à répondre à son appel. (Cf. N° 34, Méditation, Parabole des ouvriers envoyés à la vigne)

25.5 Insatisfait par rapport à la situation présente, l’envoyé (le Compagnon) ne peut résister à l’appel de Jésus. Il est résolu à travailler avec Lui et il ne pourrait être heureux sans se mettre au service de l’homme. Qui vous accueille m’accueille, et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Par le Chrétien et son dévouement, Jésus est toujours accueilli. Le Compagnon répond généreusement par son témoignage et sa présence au monde en assurant la continuité de la mission du Sauveur. En octobre 1962, Jean XXIII disait : Notre devoir n’est pas seulement de garder le précieux trésor de la foi comme si nous n’avions souci que du passé mais de nous adonner, avec une volonté résolue et sans aucune crainte, à l’œuvre que réclame notre époque. Saint Dominique désirait ardemment le salut des hommes. Le Compagnon désire l’imiter dans son souci de porter la foi. L’itinérance du Compagnon se situe dans son milieu, allant d’une personne à l’autre, dans sa mission. Il garde l’enthousiasme de Dominique. (Cf. Méditation, N° 35, La passion de Dominique pour le salut des âmes)

25.6 Sur le plan de la mission, tous les Chrétiens sont égaux et tous sont mandatés. En prenant pleinement conscience de ses besoins personnels, des besoins de la société et de l’Église, le Chrétien est envahi par le désir d’amener le monde vers Celui qui peut tout pour le sauver. Le Compagnon offre Jésus au monde. La Société des Compagnons de la Mission lui donne une légitimité et un moyen d’être soutenu dans sa démarche. C’est une identité et une appartenance qui les rendent confiants et efficaces. (CF. Méditation, N° 36, La vocation propre des laïcs, Concile Vatican 11, Lumen Gentium)

  1. Des envoyés

26.1 Le Compagnon, tout comme saint Dominique, avance, il prend conscience de la condition des pécheurs et il va vers eux. Il marche vers eux malgré sa propre situation de pécheur, espérant en l’aide de l’Esprit Saint pour le soutenir. Allez, car Jésus envoie. C’est une montée confiante en l’avenir. C’est une mission, c’est un mandement. Cet envoi pousse le Compagnon vers l’entourage, les autres, vers tout ce qui demande de vivre. Allez vers ces hommes et ces femmes qui espèrent, qui veulent un monde meilleur. « Allez » vers ceux qui attendent un message. Allez vers ceux qui sollicitent quelque chose de neuf et d’inédit, une parole, un signe d’Évangile, une Bonne Nouvelle. Allez porter la paix. Ne restez pas là, figés. Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. Le Compagnon fait sienne la mission donnée aux Prêcheurs par le pape Honorius III, au Latran, le 21 janvier 1217 : Nous rendons de dignes actions de grâces au dispensateur de toutes grâces pour la grâce de Dieu qui vous est donnée, dans laquelle vous restez et resterez établis, nous l’espérons, jusqu’à la fin4. (Cf. N° 37, Le Prêcheur est enjoint de Prêcher pour la rémission de ses péchés)

26.2 Pour le Compagnon : Allez signifie l’envoi de celui qui est stable par sa situation familiale, sa carrière professionnelle, vers un entourage plus immédiat, plus proche. Son engagement est sur le terrain, dans son environnement. Alors, le Compagnon sera disponible par des moyens qui lui sont propres, aux gens de son milieu. Il va vers ses proches mais aussi vers ceux qu’il rencontre sur la route de sa vie. C’est une incitation à entrer dans le jeu de la mission là où il est. « Allez », c’est une invitation à se lancer avec ceux qui sont baptisés, pour apprendre avec eux ce que Jésus a enseigné et en faire porter le fruit. Ceux-là, on les trouve partout et il n’est pas nécessaire d’aller par des routes inconnues, longues ou lointaines pour les trouver. Le Compagnon se rend disponible pour la mission pour faire la volonté de Dieu et se rendre disponible pour la mission. (Cf. Méditation, N° 38, Volonté de Dieu, disponibilité de l’homme) Notons que la volonté de Dieu ne se manifeste pas généralement par une révélation directe et spécifique. On a une vocation parce qu’on désire quelque chose et qu’on a les aptitudes nécessaires pour l’accomplir. Une vocation se découvre et ne se dicte pas.

26.3 Aujourd’hui, il existe une multitude de moyens de communication qui n’existaient pas au temps de Jésus. Les communications sont rendues plus faciles par de nouvelles techniques. Le déplacement physique est beaucoup moins nécessaire qu’autrefois. Le Compagnon reste proche des situations réelles des gens et de leur milieu de vie. Il peut mieux les comprendre et les soutenir dans une démarche de foi et d’appartenance à l’Église parce que sa proximité aide à rendre un service ecclésial localement et de qualité. Il est mêlé aux autres religions, aux incroyants, aux sceptiques ou à ceux qui voudraient entendre quelque chose de nouveau. Le Compagnon a un important rôle à jouer dans la communauté chrétienne locale.

26.4 La vie apostolique nous appelle parce que nous aimons le monde. Tous, croyants ou incroyants sont nos frères. Tous, nous avons été créés par Dieu pour l’honorer et nous rendons grâce de la vie qu’il nous a donnée. Le Prêcheur est d’abord un homme de la rencontre et du dialogue. Nous faisons nôtre la réflexion du chapitre de l’Ordre des Prêcheurs de 2007. (Cf. Méditation, N° 39, Aimer le monde, la vie apostolique.)

  1. Jésus a appelé des disciples à poursuivre sa mission

27.1 Comme il marchait le long de la mer de Galilée, Jésus vit deux frères, Simon appelé Pierre et André, son frère, en train de jeter le filet dans la mer : c’étaient des pêcheurs. Il leur dit : “Venez à ma suite et je vous ferai pêcheurs d’homme” Laissant aussitôt leurs filets, ils le suivirent. Avançant encore, il vit deux autres frères : Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, dans leur barque, avec Zébédée, leur père, en train d’arranger leurs filets. Il les appela. Laissant aussitôt leur barque et leur père, ils le suivirent.

27.2 Puis ce fut l’appel de Matthieu, le percepteur d’impôt. Il en appellera d’autres. Après avoir constaté comment les foules avaient besoin de bergers, Jésus confirmera les douze dans leur mission. Comme il s’en allait, Jésus vit, en passant, assis au bureau des taxes, un homme qui s’appelait Matthieu. Il lui dit : ‘Suis-moi’. Il se leva et le suivit. Il leur explique quel sera leur rôle et de quelle manière ils devront prêcher. Il les confirme dans leur ministère apostolique. Plus loin, Jésus leur donnera des conditions à suivre pour leur mission.

27.3 Ces appels se font alors plus larges. Ils s’adressent aux disciples en général. Pour s’engager dans le projet de Jésus, il faut accepter de prendre sa croix. Au jeune homme riche il donne une consigne. C’est celle de se libérer de ses attaches matérielles. Tous les chrétiens sont appelés à ce dépassement pour la vie éternelle. L’apostolat des laïcs est une participation à la mission salutaire elle-même de l’Église : à cet apostolat, tous sont députés par le Seigneur lui-même en vertu du baptême et de la confirmation.

27.4 Il me semble que le moment de l’envoi des soixante douze disciples est significatif : Après cela (Lc 10, 1), c’est-à-dire, tout juste après avoir expliqué qu’il faut laisser les morts enterrer leurs morts. Ce moment montre l’urgence de la mission. Jésus envoie des disciples deux par deux « devant lui » précise le texte et dans toutes les villes où il devait aller. Il précise alors que la moisson est abondante et que les ouvriers sont peu nombreux. Ne faut-il pas voir un élargissement de la mission des douze dans cette déclaration ? Ce nouvel envoi s’adresse à toutes les personnes qui veulent travailler à la réalisation du Royaume, Jésus le considérant comme déjà commencé. (Cf. Méditation, N° 40, Mission des soixante-douze disciples)

27.5 Il y a donc un appel pour tous les hommes à se mettre aussi en route. Le Compagnon prend au sérieux la remarque du Concile Vatican II sur les fidèles et leur caractère séculier. En vertu de cette dignité baptismale commune, le fidèle laïc est coresponsable, avec tous les ministres ordonnés et avec les religieux et les religieuses, de la mission de l’Église. Il y a un appel propre à chaque baptisé qui a reçu l’Esprit Saint.

  1. Une mission individuelle ou commune

28.1 Le Compagnon devrait s’initier à travailler en commun pour la mission lorsque cela est possible. Jésus envoie ses disciples deux par deux et la meilleure manière de vivre cela, en cette période d’individualisme, c’est que tous et chacun mettent leurs talents en commun pour s’entraider et réaliser une mission particulière. C’est pourquoi les groupes locaux sont encouragées, lorsque c’est possible, à former des sections d’évangélisation qui peuvent se donner un but commun pour suivant une même activité, mettant leur temps et leur savoir faire au service de la mission.

28.2 Le Compagnon est appelé à inciter toutes les personnes qu’il rencontre à la conversion du cœur et au changement de vie selon l’Évangile. Faire connaître l’Évangile de Dieu est son ultime désir. Il le fait de manière discrète, respectant l’autre dans sa liberté. Le témoignage et l’amitié font plus que les grands discours. Par sa vie familiale et sa profession séculière, le Compagnon continue le service de la Parole, en étant directement inséré dans le monde. C’est son insertion qui lui donne sa particularité, sa vocation propre.

28.3 Ce n’est pas une vocation au rabais : un choix qui serait fait faute de quoi. On trouve chez Marthe et Marie l’exemple d’une attitude fraternelle qui vit en présence de Jésus. Marthe, Marthe, tu te soucies et t’agites pour beaucoup de choses ; pourtant il en faut peu, une seule même. C’est Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. Marie reçoit l’avis favorable de continuer à honorer Jésus dans sa personne en prodiguant une attention particulière au Fils de Dieu. Marthe, accaparée par le service ne fait pas seulement compléter l’attitude contemplative de Marie, mais elle est confirmée dans sa vocation essentiellement pratique et nécessaire au service de ses amis. Elle peut le faire en toute quiétude et elle est aimée du Seigneur au même titre que Marie. Jésus confirme la vocation de chacun de nous dans une attitude respectueuse pour l’un et l’autre. Jésus n’invite pas Marthe à faire la même chose que Marie. Il lui suggère de ne pas se faire de souci. C’est une question de choix.

28.4 Les exemples sont nombreux où les disciples jouent le rôle de collaborateurs de la mission de Jésus, Combien de fois ceux-ci ont amené à Jésus différentes personnes : Jésus guérit, Jésus pardonne les péchés. Même les Pharisiens lui tendent des pièges et lui amènent des gens pour tester sa bonne foi, sa puissance. Jésus les accueille, tout en faisant très souvent une catéchèse sur la situation de la personne et sur les principes fondamentaux de son enseignement. (Cf. Méditation N° 41, Etre les collaborateurs de la mission de Jésus., Quelques textes d’Évangile)

28.5 Le travail ensemble est donc une force. Les Compagnons amènent aux apôtres ceux qui désirent connaître Jésus. Chaque Compagnon prend conscience de l’importance de travailler ensemble pour secourir par leurs talents toutes les personnes qui gravitent autour d’eux. L’envoi des premiers frères par saint Dominique en petits groupes montre sa confiance en leur autonomie. (Cf. Méditation, N° 42, Le travail du laboureur)

28.6 Le Compagnon se situe dans la mouvance de la Sainte Prédication. Dominique l’a voulue stable dans sa préparation et son organisation mais itinérante dans sa réalisation. Et comment Dominique a-t-il voulu que ces frères aillent à la mission ? Il a voulu les envoyer tout d’abord en groupe : Le supérieur pendant la route est le plus ancien dans l’ordre, à moins qu’on ne l’ait associé à un prédicateur ou que le supérieur au moment du départ en ait disposé d’autre sorte. Le socius d’un prédicateur doit lui obéir comme à son supérieur. (Cf. Méditation, N° 43, Les prescriptions du Prêcheur pour l’envoi en mission.)

28.7 Le Compagnon, sans vivre le « coude à coude » du religieux dans un bâtiment conventuel, fait partie d’un groupe local qui lui accorde soutien et amitié dans sa vie missionnaire. Ce groupe est institué pour que chaque membre puisse se sentir soutenu dans la confession de foi. Il n’est pas facile de confesser sa foi dans un monde si allergique à la foi chrétienne. Notre méditation pourrait porter sur le texte de Luc : la confession ouverte du Fils de l’homme. Cette confession a des conséquences. (Cf. méditation N° 44, Parler ouvertement et sans crainte) Celui qui s’engage dans la mission se voit porté par la main de Dieu. Les Compagnons comme ses disciples sont les amis de Jésus : Je vous le dis à vous, mes amis : ne craignez pas ceux qui tuent le corps. Soyez sans crainte. Nous trouvons là le souci de Jésus pour la vérité, une condition essentielle de la vocation du prêcheur. « Le saint Esprit vous enseignera à l’heure même ce qu’il faut dire.

28.8 L’apostolat que chacun doit exercer personnellement et qui découle toujours d’une vie vraiment chrétienne “Mais qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif, l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissante en vie éternelle” “Il est le principe et la condition de tout apostolat des laïcs, même collectif, et rien ne peut le remplacer. Cet apostolat individuel est toujours et partout fécond. Il est en certaines circonstances le seul adapté et le seul possible. Cet engagement peut donc être collectif, mais ce n’est pas une condition pour l’exercice de la mission.

  1. La pauvreté rend libre

29.1 Allez pauvrement. Un Compagnon ne peut pas vivre à la manière des religieux tel que proposé par saint Dominique ou saint François. Pour lui-même, pour sa famille, il a besoin de biens personnels et d’une sécurité pour l’avenir de ses enfants. Mais il peut vivre dans un esprit de détachement, sans pour autant se priver des biens nécessaires au projet de vie qui’il a choisi et qui est pour lui prioritaire. Une saine réalisation de soi dans sa vie professionnelle ou sa vie familiale, motivée par un souci de justice sociale est un acquis pour lui-même et la société. Mieux vaut en effet moins de besoins que plus de biens.

29.2 Il vit dans le monde. Il doit construire le Royaume très concret que Jésus a proposé et surtout chercher à bâtir une société juste en aimant les pauvres, les malades, les laissés pour compte. Jésus n’a pas abandonné qui que ce soit. Il a aimé tous ceux qui se sont adressés à lui.

29.3 On désire se nourrir des instructions que Dominique a laissé a ses frères dans les premières Constitutions de l’Ordre des Prêcheurs. Il ne s’agit pas de les copier, mais plutôt de s’en inspirer. On peut posséder, travailler, être motivé dans tous ses gestes et ses devoirs, sans pour autant devenir des mendiants ou des religieux. La règle apostolique est beaucoup plus un esprit qu’une norme d’agissement. (Cf. Méditation, N° 45), La règle apostolique, Constitutions primitives) Le Compagnon s’insère dans le monde qui lui est offert par la Providence de Dieu. Apprendre à jouir des bienfaits de la création pour lui-même, pour son époux ou son épouse, pour ses enfants, pour tous les siens, en faisant la promotion d’un monde juste et équitable, fournit l’occasion d’être fier de soi, fier d’être chrétien, fier de construire la société de demain.

29.4 L’esprit de pauvreté est un témoignage lorsque le comportement démontre que les biens que l’on possède ou que l’on produit sont pour le bien-être de l’homme. Jésus n’a pas prêché la misère. Il a blâmé l’accumulation de richesses qui éloigne de la justice. Il a prêché que la richesse peut être un obstacle à notre disponibilité au service de son règne. Le Royaume de Dieu n’attend pas moins de nous. À cause de son importance et de son urgence, une disponibilité totale à la grâce et aux besoins des hommes est nécessaire. Il nous faut être le plus disponible possible pour aller vers les autres. Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. N’emportez pas de bourse, pas de sac, pas de sandales, et n’échangez de salutations avec personne en chemin. C’est une consigne pour l’itinérant.

29.5 Le Compagnon n’est généralement pas un itinérant et est plutôt stable. Le Compagnon, tout en possédant des biens, tout en travaillant pour gagner sa vie et celle de sa famille, se soucie que sa préoccupation première soit celle de construire le Royaume et d’aider son prochain. La parole de Jésus s’adresse à ceux et celles qui, voyant l’urgence de la situation décide de se consacrer à Dieu de manière prioritaire, délaissant les trois obstacles à la concupiscence : le pouvoir, l’avoir, et la dispersion affective. Quant au Compagnon, il ne cherche pas le pouvoir pour le pouvoir mais le pouvoir pour le service, il ne cherche pas à posséder pour le plaisir d’avoir de grands biens, mais ce qu’il possède, il le met au service de sa famille et de ses frères humains. Dans sa vie affective, il garde une attitude de réserve face au plaisir de ce monde. Il construit sa vie sur la fidélité dans ses affections et ses relations.

29.5 Certes, le Compagnon n’est pas appelé à la même pauvreté que celui qui a choisi d’en faire le vœu comme religieux. La pauvreté du Compagnon se situera plutôt dans la générosité avec laquelle il utilise ses biens pour sa famille, pour ses amis, pour les personnes dans le besoin et pour son engagement missionnaire, là où Dieu l’a appelé à servir l’humanité. L’esprit de pauvreté suppose l’œil ouvert sur la misère humaine, sur l’exclu, sur le démuni. Le cœur du Compagnon ne peut pas rester insensible à la souffrance et à la misère dans le monde. Il s’engage à proclamer que le Royaume de Dieu sera celui des pauvres devenus riches à cause de l’amour de Dieu pour eux et de l’engagement de leurs frères humains envers leur promotion sociale. L’esprit de pauvreté a une fin, un but : c’est rendre concret et efficace les bonnes intentions par un témoignage de vie et nous rendre capables de transformer la société en Royaume de Dieu. Elle nous amène à ouvrir nos cœurs.

29.6 Lorsqu’on le peut, ouvrons notre bourse avec générosité envers les siens, pour aider la mission et les membres du groupe qui est devenue notre communauté d’appartenance en tant que membre, pour soutenir toute cause qui semble juste et sa propre communauté chrétienne. Le groupe local n’est pas seulement le lieu de rencontre pour se trouver bien ensemble ou pour écouter quelques bonnes paroles bien présentées. Le groupe est le tremplin de notre agir missionnaire et le lieu de vie où l’on trouve les outils nécessaires pour se sanctifier et se former à la mission. Les actes des apôtres nous invitent à vivre la vie fraternelle dans la beauté, dans le soutien mutuel, en priant ensemble et en partageant nos biens. (Cf. Méditation N° 46, La première communauté chrétienne) Ce texte est fondamental pour la vie des groupes. Là se vit l’idéal de vie commune. Les communautés nouvelles ont sans doute mieux compris que nous la beauté de cette cellule d’Église que peut être une vie fraternelle souple et où chacun se sent vraiment partie prenante en s’engageant à plein sous la mouvance de l’Esprit Saint soutenu par la communion fraternelle.

  1. « Allez vous aussi à la vigne »

30.1 Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste. Cette vigne, elle nous attend pour y travailler. Le Compagnon a pour vocation particulière de gérer les affaires du monde. Il est le spécialiste en la matière. Le rôle du Compagnon est de s’y installer pour le transformer en société chrétienne. Car il doit être dans le sillage du Christ qui est la vraie vigne qui porte du fruit. C’est par les mains de l’homme que Dieu continue à être le vigneron. Le laïc, œuvre pour que le fruit (l’espérance des hommes en la vie) devienne sa consolation et que le monde se convertisse.

30.2 Le religieux est mis à part. Le Compagnon travaille du dedans. Il le fait à la manière dominicaine, c’est-à-dire par des moyens non-violents. Dominique a prêché par la douceur et la compassion. Il a pleuré et il a compati à la carence de foi de son époque. Il a prêché avec l’arme de la miséricorde. Il l’a fait en priant avec ses frères. Le Compagnon gère le monde de son temps et il le fait dans son milieu par l’enseignement de l’Évangile, en exerçant un ministère prophétique par le témoignage de sa vie, par le discours qui exprime ses convictions personnelles, par son engagement à proclamer la Bonne Nouvelle aux pauvres, en semant la charité de la vérité dans le milieu où il vit et dans le milieu où il travaille.

30.3 Comme Dominique l’a fait pendant de nombreuses années, le Compagnon exerce sa mission faisant tout doucement son apostolat avec discrétion. Et le soir, dans la prière, il confie à Dieu sa famille, ses collègues de travail, les gens qu’il a rencontrés dans la journée. Agenouillé à côté de son lit, la tête dans les mains, il confie au Seigneur les labeurs et les fatigues de la journée, demandant l’aide et la grâce de mieux servir le lendemain. Là est sa prière chorale. Car le laïc sait aussi que Jésus a préparé par la prière les grands moments de sa vie.

30.4 Le matin, le Compagnon se lève joyeux, intercédant pour le monde auquel il a rêvé, demandant grâce et force pour le monde qu’il visitera aujourd’hui. Un Compagnon ne laisse jamais tomber ses rêves. Mais pour se faire, cela suppose qu’il est en dialogue avec le monde. Qu’il connaît ce monde et ne le refuse pas. Qu’il vit avec ce monde et qu’il aime ce monde dans lequel il est. Dieu a aimé le monde. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique-Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. dit l’Écriture. La mission prophétique du Compagnon est de s’engager à plein dans ce monde qu’il aime et veut construire avec d’autres. C’est ainsi qu’il annonce par la parole et par les actes un bonheur possible et certain. C’est là qu’il témoigne de sa foi.

30.5 Le Compagnon ne travaille pas seul. Il travaille avec des gens, des collègues, des amis, mais aussi avec tous ceux qui malheureusement se font distants. Ses lieux d’apostolat sont la famille, la communauté chrétienne, le travail, dans le monde, à l’école ou à l’université, dans l’industrie, chez les pauvres et les démunis. Surtout il est un envoyé de son groupe et il a droit à son soutien matériel, fraternel et spirituel. Il devrait aussi recevoir le soutien des frères et des sœurs de l’Église par le biais de sa communauté chrétienne.

30.6 Le Compagnon est toujours en recherche. Il est mieux placé que tout autre pour étudier les phénomènes de la société, les comprendre. Il peut le faire dans la solidarité avec tous ceux qui se frottent au quotidien de la vie d’un monde dynamique et réel. Par la combativité de son intelligence, il peut réfléchir et approfondir les donnés de la foi avec une vision réaliste d’un monde en quête d’espérance. C’est pourquoi il est toujours à l’affut d’étudier et de parfaire sa formation. Il n’est pas nécessaire d’être un grand intellectuel pour servir la communauté chrétienne. Il s’agit plutôt de s’imprégner de l’esprit chrétien pour ensuite aider son milieu à grandir dans la foi.

  1. Une mission dans la confiance

31.1 Avance au large dit Jésus à Simon. Le Compagnon, par la foi en la promesse de Jésus sur l’avenir de son Église et la vocation de ceux qu’il appelle à le servir, avance dans la confiance de la Parole de Dieu. Le pouvoir de Jésus est tout puissant et attire toujours ceux et celles qui ont soif d’un absolu. Le Compagnon est celui qui lance le filet à la suite du commandement du Seigneur. Oui, il s’avance au large dans la confiance, sachant que la parole de Jésus est encore vraie aujourd’hui : Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. Alors, ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent. Le Compagnon laisse de côté toutes ses peurs et ses doutes pour laisser sa personne dévoiler l’amour du Christ à toutes personnes qu’il rencontre. Son amour, sa charité, son affection, sa sagesse et sa foi édifient son entourage et attire les âmes au Christ. C’est dans la confiance qu’il se laisse interpeller, sans réserve, mais toujours dans une grande liberté afin d’attirer tous ceux et celles qu’il rencontre. L’amitié, la générosité, le sens du service attirent beaucoup plus que les grands discours. (Cf. Méditation, N° 47, Avance au large)

  1. Servir avec humilité

32.1 Servir avec humilité peut sembler à prime abord assez décevant pour quelqu’un qui veut suivre le Christ et travailler à sa mission. La consigne de se considérer inutile rebute l’homme moderne habitué à une rétribution lorsqu’il fait quelque chose. Comment aimer être évangélisateur quand on doit se considérer inutile. Il semble que la réponse à la question dans l’évangile de Luc se trouve à la fin du verset dix du chapitre dix-sept. Ainsi de vous ; lorsque vous aurez fait tout ce qui vous a été prescrit dites : “Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire”. Les sociétés du vingt et unième siècle auront certainement une difficulté avec ce conseil évangélique. De fait, la rétribution du serviteur inutile se trouve dans la satisfaction d’avoir fait son devoir. Le sens du devoir est réservé aux personnes droites qui savent prendre leur responsabilité au bon moment. Faire ce qu’on doit est important pour construire le Royaume de Dieu. Le bien que nous faisons est justifié par la droiture du geste ou de l’action entreprise.

32.2 Saint Paul raconte comment il conçoit l’appel qu’il a reçu. Il indique qu’il a été relevé par le Christ. C’est par notre mission que nous seront sauvés et pardonnés. Saint-Paul y a cru, lui le grand persécuteur des chrétiens. Le Christ est mort pour nos péchés. C’est dans l’humilité de notre indignité qu’il nous relève et nous invite à le servir. (Cf. Méditation, N° 48, C’est la grâce de Dieu qui est avec chaque Compagnon)

  1. Des porteurs d’espérance

33.1 Les Compagnons sont des porteurs d’espérance car ils espèrent en une vie après la mort. Saint Dominique croyait en la vie après la mort : Avant sa mort, il dit également aux frères qu’il leur serait plus utile disparu que vivant. Il connaissait assurément Celui auquel il avait confié le dépôt de son labeur et de sa vie féconde.

33.2 Le monde d’aujourd’hui cherche une issue au fatalisme de la mort. Les gens cherchent une vérité sur la vie et sur la mort. Ils cherchent une espérance qui donnera sens à leur vie et les conduira à dépasser leur angoisse de la mort. Souvent les hommes ont peur de la mort et alors ils essaient d’oublier qu’elle est là, à leur porte et qu’elle peut les frapper à tout moment. Nous vivons dans une société où la vie n’est plus respectée et où la mort est occultée. Le Compagnon a pour tâche de redonner espérance à ceux qui n’en ont plus. Il a pour rôle d’aller prêcher l’espérance en la résurrection. Il atteste que l’espérance chrétienne ne sera pas déçue par la mentalité de mort qui règne dans les sociétés modernes ou sous développées. Nous proclamons que Jésus est venu donner la vie, et le Compagnon y croit toujours. Ainsi, le Compagnon est mieux placé que quiconque pour imprégner dans la vie courante une mentalité où on avance vers une destinée, un respect de la vie, un soutien à la vie.

33.3 Proclamer la vie après la mort n’est pas très populaire dans une société marquée par la raison et les sciences pures. Ceux qui suivent le Christ, malgré les doutes, sont des porteurs d’espérance. Jésus a espéré jusque sur la Croix et il dit au bon larron : En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. Les premiers frères dominicains ont porté cette espérance et les chapitres généraux ont continué à travers l’histoire de l’ordre et ont gardé le souci du salut des hommes afin de donner un sens à leur vie et une espérance après leur mort : Le chapitre de 2007 inspire notre engagement : C’est la passion pour le salut des hommes et des femmes de leur temps qui a déployé en eux le sens de la miséricorde et la qualité de compassion de Dominique. (Cf. Méditation, N° 49, L’audace d’inventer de nouveaux modes de rencontres)

33.4 Le monde a soif de Dieu, d’un au-delà, d’une sagesse. Le Compagnon veut répondre à cette demande insistante en voyant tous ceux et celles qui doutent, qui désespèrent, qui ont perdu leurs repères. La Samaritaine avait été bousculée par les événements. En allant au puits elle a fait une rencontre qui a marqué sa vie, son village, sa communauté humaine hors norme, composée d’un mélange culturel et soumise à la discrimination. Dieu s’est fait homme pour nous apprendre à devenir des humains, disait Mgr Yon-Joseph Moreau, o.c.s.o., évêque de Sainte-Anne-de-la- Pocatière. Jésus nous apprend le vivre ensemble. À l’heure du pluralisme religieux et à la disparition des signes qui nous sont propres, les chrétiens se posent bien des questions sur les événements politiques de notre époque. Nous sommes conviés nous aussi au puits pour étancher notre soif de salut, mais aussi notre confiance en Dieu.

33.5 Allons à la rencontre du Seigneur comme la Samaritaine. Puisons l’eau vive pour aller aussi en porter dans nos milieux respectifs. Jésus étanche nos soifs, souvent dans les pires moments, toujours avec une joie profonde. Retournons avec les concitoyens de la Samaritaine, les nôtres. (Cf. N° 50, Méditation, La Samaritaine, Donne-moi à boire) Comme la Samaritaine, après nos rencontres avec Jésus, annonçons nous aussi à la multitude de ceux qui nous entourent et donnons à boire à tous ceux et celles qui ont faim et soif d’idéal et d’espérance. Et si l’on refuse notre témoignage, prions pour ceux-là aussi afin qu’ils découvrent cet étrange personnage qui les attend aux puits de Jacob, aux temples de leurs villes et villages, au sein de leur famille et de leurs amis, de leurs confrères et consœurs de travail.

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