La liturgie, les sacrements et la prière

7.1 Chaque temps liturgique est un temps fort qui peut être vécu avec une grande ferveur tout en nourrissant notre foi par la Parole de Dieu. La règle de vie n’impose rien si ce n’est de suggérer de vivre ces moments précieux de manière la plus intense possible malgré les nombreuses occupations auxquelles un Compagnon doit faire face. Ce qui importe c’est la sincérité du cœur et la disponibilité à quelques moments de laisser Dieu faire sa place en nous.

7.2 L’année liturgique commence par le temps de l’Avent et de Noël. C’est un moment intense de mise en place des fêtes de l’attente du Sauveur se prolongeant jusqu’au baptême de Jésus. C’est alors le moment d’honorer plus particulièrement la Vierge Marie, Mère de l’Église et Mère de tous les croyants. Elle accepte dans l’humilité et la joie d’être mère du Sauveur. Elle est à l’écoute de l’Ange et se rend disponible puisqu’elle est remplie de grâce.

7.3 La spiritualité du Carême nous prépare aux fêtes pascales. Le triduum est un moment de belles célébrations où chaque Compagnon est invité à participer aux différentes liturgies, chacune très belle, révélant comme dans un parcours les différentes étapes de la vie de Jésus vers sa Pâque qui nous transforme et nous aide à faire mémoire de la passion de Jésus et de sa mort. Touchantes sont ces cérémonies, et dans la mesure du possible, il faut savoir mettre à profit ces temps liturgiques. Le Carême c’est le temps où la miséricorde de Dieu nous apparaît de manière plus vive. Mais voici revenus des jours plus spécialement marqués par les mystères qui ont renouvelé les hommes, les jours qui précèdent immédiatement la fête de Pâques ; nous sommes donc invités à nous y préparer plus activement par une religieuse purification. Ce sermon de Saint Léon le Grand inspire sur le vrai jeûne : (Cf. Méditation, N° 13, Sermon de Carême de Saint Léon le Grand sur le vrai jeûne)

7.4 Le temps de l’Église et les fêtes des saints et saintes de l’histoire chrétienne nous font parcourir la Parole de Dieu dans son ensemble. C’est plutôt un temps extraordinaire où la catéchèse chrétienne se dévoile devant nos yeux. La couleur verte signifie l’espérance. N’est-ce pas la vocation du Compagnon de donner au monde cette espérance si souvent broyée par les événements et les épreuves que nous rencontrons tous les jours autour de nous ? Soyons vigilants et sachons reconnaître les signes des temps qui nous invite à la réflexion, à la prière, à la mission.

  1. Baptisé dans le Christ

8.1 La première appartenance du Compagnon est celle reçue lors de son baptême en devenant membre du Corps mystique du Christ : Par le Baptême nous sommes libérés du péché et régénérés comme fils de Dieu, nous devenons membres du Christ et sommes incorporés à l’Église et faits participants à sa mission. Seul un baptisé peut être Compagnon. Les non baptisés peuvent toutefois apporter une contribution à l’apostolat que les membres ou les groupes locaux exercent.

8.2 L’engagement baptismal étant celui qui chapote tous les autres engagements en Église, au titre de son baptême, nul n’est tenu de faire un engagement supplémentaire dans la Société. Il peut se retirer à tout moment, son engagement baptismal étant celui qui lui revient en propre. L’apostolat des laïques est une participation à la mission salutaire elle-même de l’Église : à cet apostolat, tous sont députés par le Seigneur lui-même en vertu du baptême et de la confirmation.

8.3 Le baptême est un don, le plus beau que chacun a reçu, dans son enfance, en y acquiesçant lors de sa maturité, soit plus tard, suite à une conversion. (Cf. N° 14, Saint-Grégoire de Naziance, Le Baptême est le plus beau et le plus magnifique des dons de Dieu)

8.4 Le baptême est le sacrement de la foi et l’entrée dans l’Église de Dieu. L’Église est sainte mais imparfaite tout comme les baptisés ne sont pas parfaits. Elle est sainte par son appartenance à la divinité du Christ. C’est lui qui la sanctifie. Les membres de la Société, comme l’Église, sont toujours en chemin et progressent sous l’effet des grâces qu’ils reçoivent. Jésus enseigne que le baptême est nécessaire pour le salut puisqu’il demande aux apôtres de faire de toutes les nations des disciples et de les baptiser. Le Compagnon remercie le Seigneur pour le don de la foi qu’il a reçu et souhaite que toute personne humaine possède cette même joie de devenir enfant de Dieu par le baptême.

8.5 Devenu fils adoptif, le baptisé se voit offrir l’ouverture des portes célestes : C’est pourquoi, Il (Jésus-Christ) ouvre ces portes célestes et il fait descendre son Saint-Esprit pour rappeler les hommes à cette patrie divine. Et il ne les y appelle pas seulement, mais il le fait en les honorant d’une souveraine dignité. Car il nous attire à ce séjour bienheureux après nous avoir fait non- anges, mais les enfants de Dieu, et ses enfants bien-aimés.

8.6 C’est par la prise en charge de son baptême que le Compagnon répond à l’appel de se convertir. En poursuivant sa propre sanctification, pour éventuellement servir la mission, il désire faire son salut : Dieu vous ouvre maintenant les cieux, mais c’est pour vous y faire monter, et non seulement afin que vous y montiez mais, ce qui est encore plus, afin que, si vous le voulez, vous y fassiez aussi monter les autres, tant est grande la bonté avec laquelle il vous traite et la puissance qu’il vous donne sur tout ce qui est à lui. Il est bien dit dans ce texte de saint Jean Chrysostome afin que, si vous le voulez. Le Compagnon est libre et c’est pourquoi il ne devient membre de la Société que par sa bonne volonté, sans engagement dans le temps, y demeurant dans la fidélité. La bonne disposition à travailler à la vigne du Seigneur est le fruit du don du Saint-Esprit reçu au baptême. (Cf. Méditation N° 15, Entretien avec Nicodème)

9 La foi de Pierre

9.1 Les apôtres et les disciples, à certains moments, ont eu des doutes malgré les miracles et la puissance de Jésus. La sagesse de ses enseignements et la liberté avec laquelle il prenait ses distances de la mentalité religieuse de l’époque ne manquait pas d’impressionner son auditoire. Quelle libération ! Néanmoins, qui était-il vraiment ? Jésus s’enquiert auprès de ses disciples : Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? Puis, Jésus demandera ensuite à ses plus proches amis : Pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? Pierre prend alors les devants : Tu es le Christ, Fils du Dieu vivant. Jésus lui indique que cela ne vient pas de lui, mais de son Père des cieux qui l’a inspiré. Donc, c’est par filiation divine que Pierre en vient à cette connaissance de l’identité de Jésus. Matthieu le reconnaît et dans le récit de la marche sur les eaux il dit : Ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui (Jésus), en disant : “Vraiment, tu es Fils de Dieu” !

9.2 C’est sur cette foi de Pierre que Jésus se base pour constituer son Église. Pierre deviendra celui sur lequel l’Église (la communauté ecclésiale) sera fondée et sur qui elle pourra compter. La foi de Pierre est celle de tout chrétien : une foi chancelante, parfois manquant de courage, semée de doutes et d’embûches. Mais c’est cette foi que Jésus sonde et accueille. Dieu est le vivant et Jésus est le Fils de Dieu et par son Fils il apporte la vie au monde. (Cf. Méditation N° 16, Profession de foi et primauté de Pierre.)

9.3 Pierre, lui qui a renié Jésus trois fois, qui s’est enfuie au moment de l’arrestation, qui s’est endormi au moment de l’Agonie, qui a douté de la puissance de Jésus près d’une berge, investi de l’Esprit Saint, n’hésite pas à proclamer sa foi tout juste après la Pentecôte. Il est debout lorsqu’il parle. Il engage son autorité de témoin. Pierre alors, debout avec les Onze, prend déjà les commandes de ce qui sera l’Église. Avec les apôtres il fait une catéchèse. Il utilise différents textes de l’écriture et affirme ensuite sa foi en la résurrection du Christ : Dieu l’a ressuscité, ce Jésus ; nous en sommes tous témoins. Et maintenant exalté par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’esprit Saint, et l’a répandu. C’est là ce que vous voyez et entendez. [… ] Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié. Le Compagnon, par son exemple et son agir, proclame encore aujourd’hui cette foi en la résurrection de Jésus. C’est l’accomplissement de la promesse, tant attendue des Juifs, de la venue d’un Sauveur. Le monde d’aujourd’hui et de demain est toujours en attente d’une annonce de salut (de bonheur) qui les rapprocherait de l’ultime espérance de vivre. Pierre évolue et il apprend à espérer ce bonheur. (Cf. Méditation, N° 17, Apprendre à espérer)

  1. L’Eucharistie

10.1 Nous avons déjà mentionné que la religion chrétienne stimule l’espérance. Les Compagnons sont porteurs d’espérance et ils l’expriment d’abord dans la célébration de l’Eucharistie : Si le christianisme veut entrer en rapport avec une génération angoissée devant la catastrophe qui se profile à l’horizon, il n’est pas suffisant que nous professions notre foi, nous devons être porteurs d’espérance. C’est là “le travail silencieux” de ce deuxième acte de notre pièce, qui s’étend de la préparation des dons à la fin de la prière eucharistique, la grande prière de l’Église. L’Eucharistie est un lieu de mémoire, mais s’insère dans la vie apostolique du Compagnon, et devient réalité pour aujourd’hui. Elle le prépare à porter au monde d’aujourd’hui son expérience d’intimité avec le Christ. Cette intimité se réalise pleinement dans la communion au corps et au sang du Christ, recevant la grâce du sacrement pour ensuite la communiquer dans l’entourage. C’est ainsi que les Compagnons exercent le sacerdoce commun des fidèles, découlant de leur baptême : ils sont Prêtres, Prophètes et Rois dans le Royaume en devenir. Lorsque nous disons que le prêtre est le célébrant de l’eucharistie, nous n’utilisons pas la bonne expression. Le prêtre préside l’assemblée des fidèles, mais c’est toute l’assemblée qui célèbre. C’est pourquoi, autant qu’il se peut, les fidèles doivent avoir leur juste place dans la célébration eucharistique ; préparation de la célébration, accueil des fidèles, lectures, chants, services de l’autel, offrandes, rangements, et tous les services que demande la gestion de l’église, de la sacristie, etc.

10.2 Suite au baptême et à la confirmation, les chrétiens ont été élevés à la dignité royale du sacerdoce. Ils participent avec toute la communauté chrétienne et en Église au sacrifice même du Seigneur. C’est le lieu de ressourcement idéal. Institué par le Seigneur lors de la dernière cène, à un moment crucial où il prend un dernier repas avec ses disciples préférés, Jésus laisse ce mémorial qui le rendra présent au monde par l’œuvre de l’Esprit Saint, lui qui est la tête de son corps, l’Église. Il lui livre son corps et son sang et la purifie tout au long de l’histoire. L’Église n’est sainte que par son appartenance au Christ et non par la sainteté de ses membres. Ceux-ci travaillent tout au long de leur vie à leur propre sanctification afin d’obtenir la récompense promise aux fidèles serviteurs.

10.3 L’eucharistie réalise la communion et l’unité qui fait de tous des frères par le baptême. C’est par l’action de l’Esprit que le Christ se fait présent et sanctifie le monde et chacun des croyants. Par sa participation à l’Eucharistie, le chrétien se prépare à la joie du banquet céleste. L’Eucharistie est action de grâce pour les dons du Seigneur. La fraction du pain rappelle l’action du Christ lorsqu’il prit son dernier repas avec ses amis. L’Eucharistie, non seulement fait mémoire du sacrifice du Christ, mais il l’actualise pour le croyant. Le Compagnon se fait un devoir de fréquenter ce sacrement. Il le fait d’autant plus volontiers que le rassemblement lui permet de vivre l’expérience de communion avec des frères. On ne va pas à l’Eucharistie par obligation. On s’en fait une obligation parce qu’on en a besoin et qu’il est juste de rendre gloire à Dieu, notre créateur, notre père. Par l’Incarnation de son Fils et la continuelle action de l’Esprit Saint en nous et dans le monde, l’eucharistie est le signe le plus parlant de la présence du Ressuscité encore aujourd’hui dans les cœurs.

10.4 Le dimanche est le jour de la Résurrection de Jésus. Les premiers chrétiens se réunissaient ce jour-là comme l’attestent les Actes des apôtres. Ainsi, de célébration en célébration, annonçant le mystère pascal de Jésus “jusqu’à ce qu’Il vienne” (1 Co 11, 26), le Peuple de Dieu en pèlerinage s’avance par la porte étroite de la Croix vers le banquet céleste, quand tous les élus s’assiéront à la table du Royaume. Lorsque les Compagnons le peuvent, ils se font un devoir, non seulement d’aller à la messe, mais aussi de contribuer à la réalisation d’une liturgie de qualité, s’impliquant activement dans sa réalisation pratique par leurs talents, par leur savoir faire, dans un esprit de collaboration, constituant avec d’autres une communauté de foi où l’on se plaît dans la beauté et dans l’intériorité. Parfois, les moments de silence sont aussi importants que les gestes et la parole. Ils permettent à la ferveur de s’exercer dans le cœur de chaque participant. Les moments forts, exigeant une participation dynamique et verbale, doivent être pondérés par des moments silencieux qui portent à l’intériorisation.

10.5 Souvent les liturgies nous inspirent très peu, voir, pour certains, ôtant même le goût d’y aller. Timothy Radcliffe raconte qu’un évêque au moment de la confirmation demandait à un enfant s’il aimait aller à la messe souvent. Celui-ci répondit : Iriez-vous voir le même film tous les jours. Cet enfant avait raison. C’est pourquoi pour aimer la liturgie, il faut faire des choix. La liturgie de l’Église catholique est très riche en fêtes et solennités ; les dimanches avec ses temps spéciaux : Avent, Carême, Semaine sainte, Temps pascal, Temps de l’Église, sont des moments privilégiés. Des fêtes et mémoires viennent ajouter la présentation de modèles : saints et bienheureux. Ces fêtes et mémoires viennent rappeler à notre mémoire l’exemple de leur vie. En cela, le Compagnon fait des choix, selon sa disponibilité. Ainsi, graduellement il entrera dans l’esprit de la liturgie. Elle sera un lieu d’écoute de la Parole et un lieu de grande piété et de profonde intériorité, tout en étant un lieu de rassemblement fraternel. (Cf. Méditation, N° 18), Les moines passent leur temps en procession) La routine liturgique peut être néfaste si elle est vécue dans une certaine réticence. Néanmoins, la régularité forge l’identité du chrétien comme celle du Compagnon. Il y a des gestes que nous posons tous les jours et qui sont banals à priori. Pourtant, ce sont ces gestes qui forment notre personnalité. Nous sommes uniques tout en imitant souvent les autres.

10.6 Si nous faisons mémoire du sacrifice du Seigneur et le rendons présent au monde, c’est l’occasion par excellence, au moment de l’offrande des dons du pain et du vin, d’unir tous nos efforts aux mérites du Christ Sauveur qui offre sa vie pour le salut du monde. Nous offrons non seulement le pain de la vie et le vin du royaume, mais aussi tous nos efforts faits en vue de rendre gloire à Dieu, toutes nos actions en vue de notre bien-être et celui de nos familles et de nos amis. C’est aussi l’occasion d’offrir tous les travaux apostoliques des Compagnons, membres de la Société, afin que Dieu les bénisse et nous octroie les grâces nécessaires pour persévérer. Ce en quoi le Christ s’incorpore, c’est du pain et du vin comme ceux-là, et il réussit à lui donner du sens, à l’humaniser. Rien d’humain ne lui est étranger. Si nous apportons du pain et du vin à la table du Seigneur, nous nous engageons implicitement à être prêts à apporter à Dieu tout ce que ce pain et ce vin signifient. Nous nous engageons implicitement à apporter à Dieu, pour qu’il lui donne sens, tout ce qui est brisé et peu ragoûtant. Nous nous engageons à prendre notre part du chagrin aussi bien que de la joie du monde.

  1. Le sacrement de la réconciliation

11.1 Les sacrements sont des signes qui portent des fruits. L’Eucharistie nous apporte la purification de nos péchés : La communion nous sépare du péché. Le corps du Christ que nous recevons dans la communion “est livré pour nous”, et le Sang que nous buvons, est “versé pour la multitude en rémission des péchés”. C’est pourquoi l’Eucharistie ne peut pas nous unir au Christ sans nous purifier en même temps des péchés commis et nous préserver des péchés futurs. En tant que chrétien, nous savons, que grâce à l’amour de Dieu et à son infinie bonté tout péché est pardonnable. Il n’en tient qu’à notre contrition et non à notre sentiment de culpabilité. Nous regrettons nos péchés commis dans le passé, mais aussi nos péchés futurs que nous ferons par faiblesse. C’est pourquoi la célébration de l’Eucharistie commence par une prière pénitentielle où nous invoquons la pitié du Seigneur : Seigneur prend pitié, Christ prend pitié, Seigneur prend pitié. C’est dans ce désir de pardon manifesté par notre invocation que le président de l’eucharistie au nom de Dieu tout puissant nous pardonne nos péchés et nous conduise à la vie éternelle. C’est une absolution collective au meilleur sens du terme, puisqu’elle est le fruit de la Rédemption que nous commémorons. C’est l’effet de la communion que nous allons recevoir et qui purifiera nos cœurs.

11.2 Il faut faire une différence entre se sentir coupable par peur de Dieu, se traduisant par une angoisse, et le sentiment de reconnaître et regretter une faute. Dieu nous aime et s’il ne voulait pas nous pardonner, comme disait une mystique nous cesserions d’exister. Cette confiance dans le pardon de Dieu nous donne le courage de continuer à faire des efforts pour nous sanctifier, pour devenir meilleur. Nos réussites ont pour effet de nous encourager à faire le bien. Les responsables chrétiens déplorent souvent la perte du sens du péché dans la société contemporaine. Mais le péché, aux yeux des chrétiens, est toujours par définition ce qui est pardonnable.

11.3 Nous avons tort de faire de Dieu un Dieu coléreux qui se fâche contre nous. Dieu se fâche contre le mal et le péché, mais garde son amour dans le pécheur qu’il espère, deviendra meilleur. Car Dieu aime toute l’humanité et veut qu’elle soit heureuse et belle. Dieu est amour, on ne le dira jamais assez. Là où il y a l’amour, il y a la paix et la solidarité. Lorsque nous confessons nos péchés à l’Eucharistie ou lors du sacrement de réconciliation, il me semble que le péché le plus grave c’est notre manque de Charité. Le monde a tellement besoin d’amour ! Dieu nous connait mieux que nous-mêmes.

11.4 Toutefois, le chrétien est encouragé à profiter aussi de l’occasion pour rencontrer le prêtre et recevoir les grâces spéciales que procure la confession individuelle. Là encore, il ne s’agit pas d’une obligation, même si le vocabulaire du catéchisme emploie le mot. L’Église invite le fidèle une fois l’an à ce présenter devant le prêtre. Ce commandement de l’Église a été conçu à une époque où l’autorité ecclésiastique était estimée être légitimement responsable de gérer la fréquentation des sacrements des fidèles. Il en demeure qu’aujourd’hui, cette manière de présenter le sacrement de pénitence en fausse l’objet. Le but visé est que le fidèle manifeste le désir de communiquer ce que nos âmes ressentent de plus grave et qui blesse l’âme afin de recevoir l’aide spirituelle. Celle-ci est nécessaire pour regarder l’avenir en face, lucidement, devant Dieu et devant l’Église. Car le prêtre donne le pardon au nom de Dieu, mais aussi par le pouvoir que lui a donné l’Église. Un langage plus approprié peut être utilisé pour faire comprendre la valeur de ce sacrement. (Cf. Méditation, N° 19, Le sens du péché)

11.5 Il fait partie de la mission du Compagnon de présenter le sacrement de la réconciliation de manière positive afin de réhabiliter la fréquentation d’un sacrement qui peut profiter à toutes les personnes qui le reçoivent fidèlement, régulièrement. Il est à noter qu’il est bon d’offrir l’occasion d’un face à face entre le prêtre et le pénitent pour ceux qui le préfèrent. Néanmoins, l’accueil dans un confessionnal reste nécessaire pour ceux et celles qui ne veulent pas révéler leur identité et veulent garder l’incognito. Il n’est pas toujours facile à des personnes de révéler leur intimité au confesseur. L’important, c’est la sincérité dans laquelle les gestes du sacrement sont posés, accueillant avec compassion le pénitent. Il ne faut donc pas hésiter à compter sur ses grâces. (Cf. Méditation, N° 20, Saint Augustin, Que l’homme ne se connaît pas entièrement soi-même)

11.6 Les autres sacrements de l’Église s’adressent à des situations particulières au moment où l’Église a besoin de reconnaître des situations où la foi doit se manifester. (Ordination, Confirmation, Onction des malades, Mariages) Dans la règle de vie nous mentionnons les principaux (Baptême, Eucharistie, Réconciliation). Chaque Compagnon se fait un devoir de participer avec dévotion à tous les sacrements, favorisant les moments familiaux que ceux-là suscitent et qui sont des occasions privilégiées d’évangélisation, puisque parmi les personnes présentes, nombreuses sont celles ayant pris leurs distance avec l’Église ou même n’étant pas chrétiennes.

  1. La prière

12.1 La prière, dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau Testament, est associée essentiellement aux événements de la vie de l’individu ou de la collectivité. La prière d’Israël est rattachée à son histoire. On invoque Dieu pour toutes sortes de raisons. On désire qu’il intervienne. Moïse fut un des grands priants de l’histoire. Il est un modèle attachant qui devrait interpeller le Compagnon comme aussi tous les chrétiens. Car nous aussi, notre prière est liée à notre histoire, à nos souffrances, à nos désirs, à nos inquiétudes. Puis, il y a aussi la prière que nous adressons à Dieu pour ceux que nous aimons et tous ceux que l’on voit souffrir. La prière de Moïse est une prière d’intercession, par un contemplatif qui fait tout pour mieux connaître son Dieu. Parfois, sa prière est dramatique. Moïse persévère dans la prière. Il essaie de fléchir le cœur de Dieu. Sa conversation est familière avec son Père des cieux. Il est intime avec Dieu.

12.2 La prière de Moïse est aussi une prière pour son peuple, pour sa mission. Il est constamment à l’écoute de Dieu. Qui es-tu ? Que veux-tu ? Sa prière est aussi une prière aimante. Il honore son Dieu, mais aussi, il aime son peuple. Il adresse à son Dieu des supplications : Souviens-toi de tes serviteurs Abraham, Isaac et Israël, à qui tu as juré par toi-même et à qui tu as dit : Je multiplierai votre postérité comme les étoiles du ciel, et tout ce pays dont je vous ai parlé, je le donnerai à vos descendants et il sera leur héritage à jamais. Et Yahvé renonça à faire le mal dont il avait menacé son peuple. Il espère que Dieu manifestera sa gloire et c’est pour cela qu’il médite, implore. Moïse est persévérant dans sa prière. Il est un des plus grands contemplatifs de l’histoire.

12.3 Les rois et les prophètes étaient aussi des gens de prière. Les rois, tant pécheurs qu’ils pouvaient être, invoquaient Dieu de manière familière. Il y avait un élément de contrition dans leur prière : du regret, avec l’espérance d’être pardonné, implorant Dieu de renouveler sa bienveillance sur eux comme sur le peuple. Les prophètes sont aussi des intercesseurs. Les prières que Jérémie adresse à Dieu en manifestant sa foi profonde et sincère, montre la confiance qu’il a en son Dieu. Les prophètes prient pour eux-mêmes, mais aussi pour leurs congénères. Pensons aussi à la prière des Psaumes. C’est une prière d’assemblée, où l’on vénère, par la foi dans les commandements, Dieu qui se fait proche des événements de la vie d’un peuple et des personnes qui le composent. C’est l’expérience personnelle de chacun des croyants qui exprime leurs désirs, leurs attentes, leurs angoisses, leur reconnaissance, leur confiance et surtout leur espérance. Les Psaumes sont la prière de Jésus.

12.4 Par l’incarnation, le Fils de Dieu est situé au milieu de la requête incessante des hommes. Il la nourrit d’espérance en y répondant ; en même temps, il loue, encourage ou éduque la foi. La prière est source d’inspiration pour Jésus. Il invoque son Père des cieux et entre dans l’intimité de celui-ci. Il est familier avec lui.

12.5 La prière a tenu une grande place dans la vie de Jésus, tout au long de son ministère. Jésus prie à l’écart et sur la montagne. On le cherche, on le dérange, souvent, on ne respecte pas sa solitude. La prière de Jésus fait partie de sa mission auprès des hommes de son temps. Sa prière est le secret qui attire ses plus proches et où il les fait de plus en plus entrer. On le constate lorsque Luc écrit : Et il advint, comme il était à prié, seul, n’ayant avec lui que les disciples, qu’il les interrogea… C’est un moment important où Jésus s’enquiert, après avoir prier avec ses disciples, de leur point de vue sur qui il est. C’est le moment opportun où Pierre exprime sa foi en Jésus lorsqu’il lui répond Le Christ de Dieu. Jésus enseigne à ses disciples à prier. Et il le fait souvent à leur demande.

12.6 À l’école de Jésus, l’on apprend à prier, car toutes ses actions et ses discours ont pour but de nous rapprocher de Dieu. Le Compagnon prend aussi des moments seuls, d’autres en réunion de groupe, souvent avec sa communauté chrétienne, au milieu des croyants, comme dans des situations où il veut amener quelqu’un à Jésus. Cette prière du Compagnon est très personnelle lorsqu’il prie dans la solitude. Il prie dans des lieux qu’il choisit comme favorisant sa relation à Dieu et à sa manière. La prière dans le silence d’une église, surtout au moment de l’adoration, lui sert de soutien et il y fait l’expérience de la présence de Dieu. Le compagnon prie également le matin, le soir, lorsqu’il est en mouvement d’un endroit à l’autre.

12.7 L’Église dans le monde est constamment en prière. À toute heure du jour où de la nuit, quelqu’un dans le monde lève les mains vers Dieu et chante sa louange, le remercie pour sa création, pour ses bienfaits et toutes les grâces reçues. Le compagnon demande, implore, manifeste son amour, et se confie à Dieu. Il prie par l’intercession de Jésus Christ, ressuscité et maintenant auprès de son Père des cieux, par l’intercession des saints qui ont marqué par l’exemple de leur vie les grands moments de la charité de l’Église et son œuvre d’évangélisation. Le Compagnon unit sa prière intime avec celle de l’Église. L’Eucharistie, pour lui, est un moment pour se ressourcer, pour se laisser diviniser et inspirer. Le Compagnon fait sienne la recommandation de saint Augustin : Quand vous priez Dieu avec des psaumes et des hymnes, portez dans votre cœur ce que profèrent vos lèvres.

12.8 Ainsi le besoin qu’éprouve l’humanité de justifier sa prière dans une initiative divine est-il réellement satisfait. Bien plus profondément qu’une attitude filiale, c’est un être de fils qui est au cœur de notre prière. Aussi, à travers nos tâtonnements, l’Esprit qui prie en nous donne à notre prière l’assurance d’atteindre les profondeurs d’où Dieu nous appelle, qui sont celles de la charité. Notre prière prend certaines formes selon nos sensibilités. Mais elle est d’abord un besoin, une nécessité.

12.9 La prière est une attitude et une action qui touche presque tous les êtres humains. Rares sont les personnes qui n’ont jamais prié. On invoque un être suprême quelconque et on espère en son intervention. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus disait : Pour moi, la prière c’est un élan du cœur, c’est un simple regard jeté vers le ciel, c’est un cri de reconnaissance et d’amour au sein de l’épreuve comme au sein de la joie. Une des formes les plus efficaces d’évangélisation est d’encourager les gens à prier. Peu importe à qui elle s’adresse, la prière montre que la personne a des besoins et qu’elle se tourne vers le transcendant. Peu importe ce à quoi cette prière se réfère. L’histoire sainte des peuples est remplie de prières de demandes. On veut être exaucé, peu importe d’où viennent l’aide et le secours. On veut qu’un pouvoir divin intervienne en notre faveur. Le Notre Père semble être la prière la plus neutre et tous peuvent la prononcer sans ambiguïté. C’est Jésus lui-même qui l’enseigne à ses disciples. Le Compagnon le récite tous les jours car le Notre Père peut être utile en toutes circonstances et en tout lieu, dite de manière discrète ou partager avec quelqu’un.

  1. La prière du pécheur et des humbles

13.1 La parabole du Pharisien et du publicain éclaire sur l’attitude que prend le croyant face à Dieu et à son prochain. Chez le Pharisien on trouve une certaine bravade vis-à-vis de Dieu. Il étale son assurance d’être juste puisqu’il observe la loi de Dieu à la lettre et de cela se fait un objet de satisfaction personnelle et d’admiration de soi. Un des drames de nos communautés chrétiennes est que, pour beaucoup d’entre elles, les portes de leur temple sont presque toujours fermées. Bien des gens aimeraient aller s’agenouiller ou s’asseoir dans nos églises. Elles représentent, en fin de compte, la présence de Dieu. C’est là que dans le silence d’une église Dieu parle. Dieu ne parle pas dans le bruit. Il faut faire silence pour entendre ce qu’il souffle à notre oreille. Parfois, comme il est bon d’entrer dans une église, de s’asseoir et de lui adresser la parole ! La réponse ne tarde pas à venir. N’importe quel pécheur peut entrer et il est assuré d’une écoute bienveillante, car là, la miséricorde l’attend : Seigneur, si tu existes, fait quelque chose pour moi. J’ai besoin de toi. Cette humble prière ne reste jamais sans réponse. Parfois il faut bien des visites pour se rendre compte que la réponse est venue en sourdine, sans en avoir eu trop conscience dans l’immédiat. La prière, que nous le sachions ou non, est la rencontre de la soif de Dieu et de la nôtre. Dieu a soif que nous ayons soif de Lui.

13.2 Le Pharisien élabore les aspects négatifs qu’il trouve chez le publicain, le considérant comme un pécheur. Il le méprise et ne voit pas en lui la possibilité de grandir dans sa foi : Mon Dieu, je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain ; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que j’acquiers. Le publicain, se tenant à distance, n’osait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine en disant : Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ! Je vous le dis : ce dernier descendit chez lui justifié, l’autre non. Car tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé. La contrition et l’humilité sont des attitudes que Jésus honore chez le publicain. C’est pourquoi il se prononce en sa faveur.

13.3 Au plan spirituel, le Pharisien a jugé son prochain sans commisération, peut-être injustement, principalement en se hissant auprès de Celui qui envoie son Fils auprès des pécheurs. Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. Allez donc apprendre ce que signifie : C’est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs disait Jésus en parlant des pécheurs. Dieu a choisi les humbles et le Pharisien se considère mieux qu’eux. C’est dans l’humilité, reconnaissant ses faiblesses, que le Compagnon lève les yeux vers le ciel pour implorer la miséricorde divine et pour que Dieu lui donne les grâces nécessaires pour remplir sa mission convenablement. On est toujours en deçà de ce que nous pourrions être vis-à-vis de Dieu et auprès des hommes. N’hésitons pas à accorder notre miséricorde au pécheur. C’est notre chance de salut. Ainsi nous serons pardonnés.

13.4 D’autres formes de prière sont aussi recommandées : l’adoration du Très Saint Sacrement, le rosaire, la méditation, la lectio divina qui allie l’étude à la prière, les moments de silence dans sa chambre, dans une église, dans la nature. Le silence soutient la prière et aide à entrer dans le mystère d’une relation. Toutes formes de prière doivent s’adapter selon le rythme de vie : les moments libres, les besoins de chacun, les temps forts de l’année liturgique. L’Église propose une multitude de manières de prier et surtout de contenus variés passant de la solitude à la prière en famille, puis à la liturgie dans sa communauté chrétienne. Beaucoup des prières initiées par la piété populaire prennent place dans le vocabulaire ecclésial. Elles surgissent à l’oreille de l’écoutant, dans les conversations, les liturgies, les homélies, les publications, les livres de piété. Le Compagnon peut y adhérer selon sa sensibilité religieuse et selon les possibilités de temps et de lieu. (Cf. Méditation, N° 21, La dévotion chez François de Sale.) Ajoutons que ce n’est pas la quantité de prière qui importe, mais la sincérité et la simplicité de celle-ci.

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